Destination finale

Destination finale
Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils ? Que vous importe ? D'où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l'on sait où l'on va ?

Vêtu de
sa houppelande pour se protéger de la fraîcheur matinale, Jacques se promenait le long de la rive et observait les baigneurs tout en imaginant leur vie, une de ses activités favorites. Il s'était déjà à maintes reprises égaré dans le tourbillon de ses pensées. Cette journée typiquement japonaise ne fit pas exception, aussi Jacques s'installa-t-il sur la jetée tout en laissant son regard flotter au gré des vagues à la recherche de visages frappants. C'est à ce moment qu'il les vit. Ce fut comme un électrochoc et son esprit se précipita dans les abîmes incertains de la rêverie, pour une fois non retenu par les hauteurs majestueuses et intimidantes du Mont Fuji qui se dressait face à lui. Jacques se détacha de la réalité à un point tel qu'il ne vit pas la mer qui se retirait...
Loin de ce peti
t archipel, à Londres, deux jeunes gens se tenant la main couraient en riant sous la pluie. Elle était petite et gracieuse, vêtue d'une longue robe couleur vermillon, tandis que lui portait un élégant complet noir d'encre. Les jeunes mariés se précipitaient en direction du terminal abritant le petit avion privé qu'ils avaient loué afin de s'envoler vers des cieux plus cléments pour leur lune de miel. Lune de miel infinie, puisque ces deux jeunes gens avaient décidé de partir pour ne jamais revenir. Partir pour recommencer une nouvelle vie. Ils grimpèrent à bord de l'appareil, essoufflés, un sourire toujours collé sur leur visage candide, pour s'installer ensuite dans le petit salon confortable que leur offrait cet appareil de luxe. Appareil de luxe et de luxure, car il aurait été regrettable de ne point profiter de ces sofas moelleux. Peau contre peau, les jeunes mariés se laissèrent donc porter par le plaisir des sens durant le trajet qui les amena dans la ville de Shizuoka. Dans leur soif d'aventure, ils avaient décidé d'effectuer en catamaran la traversée jusqu'au petit village niché au creux des pentes du Mont Fuji qui devait les accueillir pour une semaine. Ils ne savaient pas ce qu'ils feraient par la suite, mais qu'importe ? Une vie entière remplie de surprises se profilait à l'horizon.
Arrivés à destinat
ion, ils se dirigèrent vers le port. C'était un endroit fort pittoresque. Tout deux embarquèrent et se changèrent pour être plus à l'aise. Elle détacha ses cheveux, qui s'envolèrent libre dans le vent, et jeta sa robe de jeune mariée à la mer. On dit que cela porte malheur, mais elle n'en avait que faire de toutes ces superstitions...Ils quittaient gentiment le port ; et ce sourire qui paraissait collé à leur visage. Dégageant une aura de bonheur, les jeunes amants se laissèrent porter au fil des vagues bondissantes, aidés par un vent de dos qui raccourcit considérablement la durée de la traversée.
Bientôt, ils v
irent apparaître le Mont Fuji. Les tourtereaux remarquèrent deux choses étranges : la première, que l'endroit était désert à l'exception de cet homme assis sur la jetée là-bas. La seconde, qu'ils avançaient beaucoup moins vite, comme si la mer les tirait en arrière. Mais ils étaient trop heureux pour s'attarder sur des détails aussi insignifiants.

Jacques, leur ayant
imaginé une vie pleine de rebondissements, ouvrit les yeux pour voir ces deux sourires éclatants, capables d'éclairer une pièce plongée dans la pénombre. Ce fut la dernière chose qu'il vit d'eux. Il déporta son regard et vit avec effroi un rouleau gigantesque arriver sur cet esquif qui lui parut tout à coup bien frêle. Jacques ferma les yeux, et les rouvrit juste à temps pour voir le tsunami engloutir leur coquille de noix avant de l'envoyer se fracasser contre les rochers. La dernière chose qu'il vit, ce fut ces deux corps enlacés, unis à jamais. Ensemble, ils étaient sur le point d'effectuer un très long voyage qui ne les ramènerait jamais chez eux. Et, qui sait ? Peut-être avaient-ils finalement découvert leur destination finale...

# Posté le lundi 13 juillet 2009 06:59



Ado : l'essence




On entendit ce bruit désagréable, insupportable, horripilant même de roues crissant sur du métal. Puis un choc sourd, un cri, plus rien. En observant la source de ce vacarme, oncouvrait un garçon d'une quinzaine d'ane, sa trottinette quelques tres plus loin. Ses cheveux attiraient le regard du premier inconnu qui eut l'audace de le reluquer. Ces vers rachitiques tout droit sortis de son crâne, filasses, ternes, d'une couleur de terre ne demandaient plus qu'un ourlet pour jouer le le de parfaits rideaux encadrant son visage allongé. Avec son front gras, ces clôtures ornant ses dents tordues et son menton fuyant, il faisait penser à rat. Un nez proéminent, de petits yeux humides, des lèvres disproportionnées et un cou maigre, décharné terminaient la description du haut de son corps.
A
la façon dont il se releva, menaçant du regard quiconque oserait s'esbaudir de sa chute, on devinait l'adolescent typique, croyant tout savoir, méprisant le monde sous prétexte que certaines gens n'avaient pas le look du « skater » et ne comprenaient point la harangue du jeune. Il remonta sur son jouet et se prit malencontreusement le pied dans ses habits, ce qui n'a rien d'étonnant lorsqu'on remarque son accoutrement. Composé d'un jean découvrant son postérieur, de chaussures énormes, élimées, d'un t-shirt beaucoup trop ample, son habillement rendait sa maigreur encore plus frappante. Ne voulant en aucun cas joindre l'utile et l'agréable, il s'obstinait à revêtir ces frusques dépareillées, pensant sans aucun doute que le style était bien plus important que le confort. Comme tout adolescent qui se respecte, il voulait avoir un style irréprochable et avait pour cela développé une technique : changeant d'habits plusieurs fois par semaine, il considérait que l'odeur suivait les bouts de tissu qu'il avait utilisé dans la corbeille à linge sale et ne trouvait pas utile de se laver régulièrement ou de mettre ce que les gens civilisés appellent un déodorant. Par conséquent, une charmante odeur de crasse mélane à la sueur, restait dans son sillage et nous agressait le système olfactif.
Citadin – ce terme
étant déplacé lorsqu'on parle du Valais – Suisse dans tout sa laideur, ce personnage ne supporte pas le contact humain, qu'il semble considérer comme une attaque personnelle, pas plus qu'il ne supporte l'idée du moindre changement. L'exception qui confirme la règle est bien sûr sa trottinette, qu'il ne cesse de modifier, pour l'améliorer, entendons-nous. Pour une raison étrange et inconnue à ce jour, toutes autres modifications dans ses habitudes comportementales ou environnementales provoquent nombres de malaises, maux de ventre, et habituelles crises de colère. Son ire injustifiée, accompagnée de vomissement d'insultes et malédictions, est très difficile à apaiser. Ne supportant pas d'être remis à sa place, car rappelons-le, il a toujours raison, il crie ou frappe tout ce qui le contrarie.
E
tonnamment, son humeur n'est que plus exécrable lorsqu'il reçoit des compliments, ceux-ci portant préjudice à son intégrité physique et mentale. En effet, une parole gentille l'arrache immédiatement à son statut d'adolescent incompris et mal aimé, ce qu'il ne saurait cautionner. Le pire de tout étant lorsqu'on ose lui faire une remarque, positive ou négative, sur ses cheveux, qu'il semble considérer comme part indissociable de sa personnalité. Y toucher serait un crime abominable.
T
out portait à croire qu'il mettrait encore longtemps la honte sur sa famille avec ces filandreuses cellules mortes. Cependant, à ltonnement de tous, sa vie et les regards portés sur sa personne changèrent lorsqu'il prononça cette phrase :
Maman, il faut absolument que tu me prennes rendez-vous chez le coiffeur.


# Posté le lundi 06 juillet 2009 05:08

Couleurs

Couleurs



Oyez, brave gens!

L'heure est venue d'arrêter de rire jaune >>>Rire avec contrainte

Car même si vous passez à l'orange >>>Passer de justesse

Et que la vie n'est pas toujours rose, >>>Une vie parfaite

Ce n'est en aucune façon raison de voir rouge! >>>Avoir un violent accès de colère

Mieux vaut faire feu violet >>>Enthousiasme passager pour quelque chose

Durant l'heure bleue >>>L'heure juste avant l'aube

Ou même être bleu de quelqu'un! >>>Être fou amoureux de quelqu'un

Regardez donc tous ces vieillards encore verts. >>>Personne âgée encore vigoureuse

Je parie que vous en êtes verts >>>Être stupéfait

De les voir ainsi travailler à la brune! >>>A la tombée de la nuit

Pendant que vous êtes gris >>>Être ivre

A vous plaindre que de toute façon "La nuit, tous les chats sont gris", >>>Dans l'obscurité, tout le monde se ressemble
Eux sont blancs comme neige et restent plein de volonté. >>>Innocents

Je vois devant moi cette place noire d'un monde trop tôt découragé... >>>Avec des gens partout

Bon sang! Allez vous prendre votre vie en main ou continuer à la rêver haute en couleurs?
>>>Se faire des illusions




Pour les plus malins, vous pouvez trouver la signification de ces expressions sur ce même article ;-)

# Posté le mercredi 01 juillet 2009 10:29

Modifié le mercredi 01 juillet 2009 10:46

L'autre monde

L'autre monde
La nuit de tous les vices qui s'assouvissent


Il m'appuya contre le chambranle de la porte et m'embrassa langoureusement, ses mains se perdant dans mes cheveux, ma nuque et mon dos, puis recula en me regardant d'un air malicieux. Je jetai un coup d'oeil en direction de la pièce maîtresse de l'ameublement, un lit à baldaquin qui trônait sur une estrade, avant de poser un regard de braise sur son visage. Ces moments-là se passent de mots. Nos respirations brûlantes, nos bouches quémandeuses, nos membres tremblants traduisaient notre soif commune. Je ne me lassais pas de contempler ses yeux, couleur terre de Sienne brûlée. D'interminables cils les encadraient. Mes prunelles séjournèrent un instant sur ses joues creusées d'adorables fossettes. On aurait dit un enfant qui riait après avoir fait une bêtise, sauf que sa physionomie était si masculine et impressionnante qu'elle ne pouvait appartenir à un petit garçon. J'admirai ensuite sa bouche charnue, telle un fruit juteux dans lequel on s'apprête à mordre à pleines dents – ce que je m'empressai de faire. Puis mon regard glissa le long de son corps bien dessiné. Je priais silencieusement pour que tout cela ne soit pas que chimère. Mes doutes furent étouffés lorsqu'il commença à délacer mon corset rouge et noir brodé de dentelles. Ses gestes étaient lents et mesurés, entièrement inscrits dans l'art de la séduction. De mon côté, j'étais la sensualité incarnée. Je me sentais belle, désirable et surtout désirée. Il me poussa jusqu'au lit et j'y tombai de tout mon long. Le décor qui nous entourait était digne d'un conte érotique, agréable, agrémenté de couleurs rappelant la passion. Dans cette chambre où tout promettait le plaisir des sens, la nuit risquait fort d'être longue et magnifique. Je reportais mon attention sur mon amant et sur son corps puissant, nu, qui allait bientôt m'être offert. Cette seule idée me faisait trépigner d'impatience. Il m'embrassa les épaules avec tendresse puis descendit le long de non buste, très lentement, n'omettant pas la moindre parcelle de peau. Ses mains dansaient un ballet voluptueux, expertes, formant une alliance terrible avec sa bouche. Il me tortura ainsi longtemps, jusqu'à ce que mes sens exacerbés me poussent à le supplier presque de briser les barrières de ma plus profonde intimité. Alors qu'il s'exécutait, je poussai un soupir d'aise, de soulagement presque, comme lorsqu'on avale goulûment la première bouffée d'air après être resté trop longtemps sous l'eau. Mon cerveau semblait déconnecté de la réalité et j'avais l'impression de flotter sur un nuage. Mais là encore, il prit le temps de faire monter mon désir, tout en accentuant ses gestes par des caresses ou des baisers. Je me sentais presque défaillir, je savais ma « petite mort » proche. L'abandon était là, tout près. Cette tension ne cessa de monter et je voulais absolument connaître cet instant de pur délice, l'apogée de mon plaisir. Je gémissais de plus en plus fort, lorsque...____________________________________.__.-__________
« Active-toi, j'ai pas que ça à
faire moi j'ai des mômes ! »__________________________________.__.-____.__.-___
Cette
voix me ramena brusquement à la réalité. Malheureusement, ce beau rêve n'avait été que fantasme, pourtant il m'avait paru si réel que je ressentais la frustration provoquée par l'interruption. J'en avais même oublié la raison de ma présence dans cet endroit sordide. Lieu n'ayant absolument rien de romantique, ni de sensuel ni même de beau. Je me retins difficilement de lui répondre que la raison de ma présence ici était justement mes « mômes ». En promenant mon regard autour de moi, je vis que j'étais allongée dans une voiture. Allongée étant un bien grand mot, puisque j'étais plutôt tordue dans une position pour le moins inconfortable. L'inconnu qui me faisait face se vida dans un long râle digne du plus primitif des animaux. Je tentais d'empêcher le mieux possible tout air de répulsion de prendre place sur mon minois. L'homme, au muscle du houblon naissant, se retira brusquement avant d'enfiler ses habits. Aucune trace de culpabilité ne s'affichait sur sa face. Le chanceux, après m'avoir utilisée tel un objet, il allait rentrer dans son foyer, s'agenouiller et jouer avec ses enfants. Moi, quand je me mets à genoux, je joue avec les grands. Je ne m'amuse pas du tout, mais je fais bien semblant. D'ailleurs, ma petite échappée au pays de l'imaginaire avait dû porter ses fruits, puisque j'étais parvenue à faire abstraction de ce manque de tendresse et d'amour dans l'acte pour honorer mon client. Il partit, satisfait, en me gratifiant d'un pourboire généreux. Je le regardai s'éloigner. Je me sentais souillée, ignoble, la pire des garces de servir de poupée pour combler les instincts de ces créatures que l'on appelle homme. Mais quel autre choix avais-je ?___________-..________
Au fai
t, il est temps que je me présente. Je m'appelle Nikita. Mes jambes oblongues n'ont rien à envier à celles d'un mannequin, et mon tronc est parfaitement proportionné, garni de belles hanches suivies d'une taille de guêpe et une poitrine de taille moyenne. Je suis brune aux yeux d'un vert profond tirant sur le gris. Sans vouloir me vanter, je suis très jolie et je n'ai jamais rencontré la moindre difficulté pour plaire. Je serais fière de mon corps si je ne l'utilisais pas pour faire ce que je fais. J'en suis venue à le détester, à considérer cela comme un crime de me servir de ce cadeau de la Nature sans scrupules. Enfin, cela n'est pas totalement véridique puisque je me pose souvent des questions, mais là n'est pas le sujet. A 25 ans, je suis la prostituée la plus demandée de Paris. Il faut dire qu'en plus de ma beauté à couper le souffle, l'art de la simulation n'a plus de secrets pour moi et mes clients repartent toujours satisfaits. Pléthore de jeunes femmes m'envient. Mais elles me font rire, d'un rire sans joie, incrédule à la vue d'une telle calinotade. Elles ne se rendent pas compte à quel point je me dégoûte et à quel point je suis malheureuse. Je me demande parfois comment j'ai pu tomber aussi bas. Un tel niveau de déchéance est à peine concevable, et pourtant je l'ai atteint, bien malgré moi certes, mais j'y suis quand même parvenue. Et j'ai l'impression de continuer à plonger dans un abîme sombre dont je ne me sortirai jamais. Je me rappelle avoir été heureuse, il y a fort longtemps. Il y a fort longtemps...Quelle ironie. On utilise souvent cette phrase pour commencer des contes, ces belles histoires qui font rêver les enfants avant de dormir. Mais ma vie n'a absolument rien d'un conte. Je ne suis pas une princesse, et jamais un prince ne viendra me sauver de ma condition. Malgré tout j'espère toujours, et puis il y a mes adorables fillettes. Elles se prénomment Mary et Shama. Elles ont respectivement cinq et sept ans, et sont ce que j'ai de plus cher au monde, les seuls qui me rattachent au soupçon de dignité humaine qui me reste. C'est pour elle que je me bats, pour elle que je fais tout cela. Si elles n'avaient pas été là, il y a belle lurette que j'aurais baissé les bras. Je les aime de toute mon âme, même si au fond elles sont la cause de ma misère ; mais jamais je ne songerais un instant à les blâmer pour cela. J'ai abandonné mes études pou pouvoir me consacrer à leur éducation. Elles n'ont jamais connu leur père, qui m'a lâchement abandonnée lorsqu'il a appris que j'étais enceinte pour la seconde fois. Je me suis débrouillée du mieux que j'ai pu, seule, ne pouvant compter sur personne. Pas même sur mes parents, qui, très vieux jeu, m'ont reniée lorsqu'il ont appris que, selon leurs propres termes, je m'étais « honteusement laissée tenter par le péché suprême de la chair avant de m'être faite unir par les liens sacrés du mariage à mon compagnon devant un représentant du Seigneur. »_____________________________________________..-Auparavant, je travaillais dans une jolie petite boutique de lingerie dans le quartier de Montmartre. Mais nous avions fait faillite et je m'étais retrouvée à la porte. N'ayant aucun papier, je n'ai pas réussi à retrouver du travail. Tous les endroits où je m'étais présentée avaient refusé ma candidature. Aucun commerce ne voulait employer quelqu'un au noir, ce que je comprends vu les ennuis que l'employeur peut s'attirer. Mais tout de même... Je ne recevais même pas le chômage, j'étais totalement désespérée. Mon activité actuelle m'était apparue comme l'unique porte de sortie, le dernier pas avant de devoir me rendre dans la rue pour mendier. Mais je n'en étais pas encore là, et s'il me restait une seule chance de m'en sortir, aussi abjecte soit-elle, je me devais de la tenter. Pour elles. Et mes filles qui ne savaient rien de tout cela ! Je n'avais pu me résoudre à leur avouer que je ne travaillais plus chez « Tata Eugénie ». Comment voulez-vous leur explique que Maman vend à présent ses charmes à des hommes tous plus répugnants les uns que les autres alors qu'elles croient encore que « la petite abeille de Papa a planté une graine dans le jardin de maman » ? Je ne sais comment leur expliquer et pourtant j'ai l'impression de les trahir en leur cachant la vérité. Chaque soir, je vais les chercher à l'école, puis nous allons jouer au parc lorsqu'il fait beau. En voyant leur sourire innocent, ma blessure me brûle de plus en plus. Je me déculpabilise en me disant qu'un jour, quand elles seront prêtes, elles sauront. Mais ce jour n'est pas encore arrivé et donc, chaque soir après leur avoir lu une histoire, je me prépare pour aller courir les hommes en faisant le moins de bruit possible.____-._
Je me suis mis
e à espérer follement après ma première nuit d'activité. Que de richesses amassées après quelques heures passées dans la rue ! A ce rythme, je pourrais prochainement commencer des études en pharmacie, ma passion et délaisser ce métier infâme, pour plus tard trouver un vrai métier. Mais cette bulle d'espoir devenait dangereuse. J'étais enfermée, prisonnière de mes illusions. Certes, une bonne nuit me rapportait un petit pactole. Mais une fois ôté tout l'argent pour la nourriture, les vêtements et les charges sociales, il ne me restait plus grand chose. Et mes chéries avaient le droit à une enfance heureuse, avec des jouets et des sorties, comme tous les autres enfants. La vérité, c'est que j'étais à présent à l'intérieur d'un cercle vicieux, dont je ne me sortirai certainement pas avant longtemps.___________________________.___.__
Ce soir ne ferait pas ex
ception...Comme à mon habitude, je me préparais minutieusement afin d'attirer les regards sans pour autant tomber dans le vulgaire. Je mis donc un ensemble de dentelles noires, complété par une jupe à volants noire également et un débardeur aguichant d'une couleur de rose fanée. Avant de sortir, je me dirigeai vers mon bureau pour sortir mon agenda. J'y notais tout : rendez-vous, citations intéressantes, paroles comiques, compte-rendu de mes journées,...Je l'ouvrai donc à la page du 13 juillet, et inscrivis de ma plus belle écriture ma pensée du moment : « En route pour l'autre monde! »..............................-.
Aujou
rd'hui, cette période est terminée et j'ai enfin réalisé mon rêve. Bien que je ne veuille me rappeler de l'enfer qu'était ma vie avant, j'ai conservé ce petit agenda. Et, lorsque je relis cette page datée du 13 juillet 1995, je ne comprends pas tout à fait pourquoi j'ai noté cette simple phrase. Peut-être voulais-je signifier par là qu'une échappée dans le monde des rêves serait obligatoire pour gagner de l'argent. Ou peut-être pensais-je tout simplement ne pas vivre dans le même monde que ces gens chanceux et heureux qui n'ont qu'à travailler honnêtement pour vivre...............................................--------------------------.-------------------.-----------.....

# Posté le dimanche 28 juin 2009 17:16

Modifié le lundi 29 juin 2009 06:43

Une lettre, le début d'une histoire

Une lettre, le début d'une histoire



La première des légendes


Jadis, on pouvait trouver tout à l'ouest du continent unique une forêt. Et, ho combien elle était animée cette forêt ! La raison en était ici très simple : Dame Nature, à l'occasion de son premier millénaire, avait convié tous les êtres vivants à un immense banquet. Il y avait des lutins, des fées et des elfes, des saules pleureurs, des chênes verts, des hêtres et des sapins. On y voyait également champignons, mousses et fougères, quelques serpents joyeux, une paire d'écureuils agiles et une dizaine de renards rusés (pour ne citer que ceux-ci). Les lettres de l'alphabet, également présentes, n'étaient pas en reste : Le « F », le « A », le « R », le « N », le « D », le « O », le « L » et le « E » dansaient une farandole endiablée tandis que le « M » et le « B » conjuguaient leurs efforts pour convaincre le « A » et le « O » de danser du mambo. Les rossignols sifflaient la mélodie pendant que les pics-verts assuraient le rythme.
Tout ce joyeux monde s'activait. Tous ? Mais non ! Au c½ur de brouhaha, le « I » se faisait oublier. Il se sentait terriblement seul et malheureux. Cela est sans compter la jalousie qui l'habitait vis-à-vis de des autres lettres. Aucune d'elles ne savait danser la gigue ou le limbo. « I » se retrouvait alors seul, avec pour seules compagnes ses pensées moroses. En voyant tous ses collègues réunis et profitant de la fête, une déprime monumentale l'envahit. Il se rendit compte qu'il ne servait à rien et n'était agréable à personne. En effet, les seuls mots où il était bien mis en évidence étaient de ces mots à connotation négative, comme par exemple la Jalousie, L'Hypocrisie et l'Envie. Lorsqu'il ne se trouvait pas plongé au c½ur des plus vils défauts, il ne savait qu'exprimer l'angoisse ou la répulsion. Aucune oreille n'aimait entendre le son qu'il produisait à répétition. Il se sentit encore plus triste en y réfléchissant. Que n'aurait-il pas donné pour être à la place du « A », à l'origine de l'Amour et de l'Amitié ! Ou peut être à la place du « E », qui, en embrassant d'éternels rêves, était présent à toutes les réunions importantes. Le sort de chaque lettre lui paraissait préférable au sien, lui ne commençant que des mots tels « Immature », « Impossible » ou « Irresponsable ». Même le « X » menait une vie plus exaltante. Cette lettre le fascinait. Il la trouvait extraordinaire et excitante. Le « W », quant à lui, avait l'honneur d'être l'associé de William, prénom ma foi plutôt royal. Bref, le pauvre « I » n'avait vraiment pas de chance.
Penda
nt ce temps, la fête continuait de battre son plein. D'un coup, Dame Nature remarqua son air abattu et se manifesta auprès de lui par l'intermédiaire d'une douce brise. Elle lui demande pourquoi il faisait le poireau et demeurait aussi muet qu'une carpe. Il lui répondit qu'il n'arrivait à dire que des salades, qu'il en avait marre d'être raide comme une planche et de jouer les objets de décoration. Elle lui assura qu'elle comprenait son désarroi, mais dit qu'elle ne pouvait malheureusement rien faire pour lui dans l'immédiat.
« Cep
endant », lui dit-elle, « si tu acceptes la quête que je m'apprête à te confier, je pourrais bien décider d'user de mes charmes sur le Soleil. C'est à lui que te mènera ton périple. Je sais que je lui plais et lui, tout puissant, pourra trouver une solution à ton cas. »
Le « I
», n'ayant pas le choix s'il voulait remédier à son malheur, accepta donc et se mit en route. Il ne savait pas ce qui l'attendrait tout au long de son voyage. Sa potentielle sauveuse lui avait dit que les épreuves se dévoileraient au fur et à mesure. Il arriva à l'entrée d'une grotte après une escalade éreintante. Celle-ci avait été d'autant plus dure qu'il s'était mis à pleuvoir et que des trombes d'eau s'abattaient sur lui. Les éclairs se succédaient et le tonnerre ne cessait de gronder. C'est pourquoi il entra dans la grotte. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit qu'un ours brun l'y attendait. Il lui dit s'appeler Silvärel et lui offrit de partager son repas près du feu. Après lui avoir expliqué que la prochaine étape le mènerait à l'entrée du désert de Sangra, il se retira au fond de sa caverne pour dormir. Le « I » s'empressa d'en faire de même, car il était exténué après cette première journée.
Le lendemain, a
près avoir remercié chaleureusement Silvärel pour son hospitalité, il repartit. Il rencontra des tortues en chemin et leur demanda la route du désert. Elles pointèrent une patte dans une direction qui désignait approximativement le sud-est. Il suivit donc leur indication et marcha pendant des heures, dans un milieu de plus en plus hostile. Enfin, il vit une forme noire et massive apparaître à l'horizon. Elle ressemblait à une montagne.
« Pourvu qu
e cela ne soit pas un mirage dû à la chaleur », se dit-il.
En s'appro
chant, il se rendit compte que sa supposée montagne était en réalité un sphinx. Celui-ci était grand d'une dizaine de mètres et son corps doré et élancé reflétait la lumière. Il l'accueillit d'un rugissement effrayant, puis lui souffla :
« Pe
tit être, tu as déjà parcouru une distance incroyable. Mais un long chemin te fait encore face. »
« Je v
ais te poser une énigme », dit-il d'une voix calme.
« Si tu réponds correctement, je te porterai sur mon dos jusqu'à la mer Sorrow. Fais bien attention, car si ta réponse est fausse, je te garderai prisonnier à jamais. Es-tu prêt ? »
« Oui »,
répondit humblement la lettre effrayée.
« Très bien,
alors ouvre grand tes oreilles :
Mon premier est ce qu'il faut apprendre, à notre âge le plus tendre.
Mon second se croit assez doué pour cacher la vérité.
Mon dernier est
celui qui de justesse n'a pas gagné.
Mon tout est am
er, blanc et bon à manger. »
« I »
commença à réfléchir. Qu'apprenait-on en premier ? Parler, manger...Son intuition lui dit que ce n'était pas la bonne réponse. Bon, il y reviendrait plus tard...Quelqu'un qui cache la vérité est un menteur. Il raconte des bêtises, il ment. Manger-ment ? Non, cela ne voulait rien dire ! Peut être que la première chose à apprendre, c'est l'alphabet. Il commence par « A ». A-ment ? Voyons, cela pourrait jouer. Maintenant...Quelqu'un qui n'a juste pas gagné est logiquement deuxième. Il est donc sur la marche du podium numéro deux. A-ment-deux...Blanc, amer et mangeable ?!
« Une amande
! », s'écria-t-il d'une voix triomphale.
« Bravo, c'
est la bonne réponse. Grimpe sur mon dos, je vais t'emmener. »
Chevauc
her à dos de sphinx se révéla être une expérience fort plaisante. Ses foulées puissantes avalaient la distance en un rien de temps, son balancier était doux et régulier et ses pattes semblaient insensibles à la fournaise du sol. « I » fut donc très déçu quand il fallut descendre.
Il s'
approcha à petits pas hésitants des eaux turquoises de la mer Sorrow. Un dauphin sortit le bout de son nez et couina :
«
Te voilà presque arrivé à ton but. Une ultime épreuve t'attend. Si tu réussis, je te conduirai jusqu'au soleil. »
« Tu vo
is l'arbre avec un rocher à côté là-bas ? Une épée est enfoncée dans le granit. Sur cet arbre se trouve une unique pomme d'or. Grimpe et cueille-la. Enfin, coupe-en la moitié avec la lame que tu auras sorti de la pierre et ramène-moi ce morceau. »
Le
pauvre « I », courbaturé et exténué, priant pour que cela soit bientôt finit, grimpa à l'arbre. Ses genoux s'écorchèrent et il dérapa maintes et maintes fois. Ses mains poisseuses réussirent enfin à s'agripper à la branche au bout de laquelle pendant la pomme. Il redescendit, et s'arc-bouta pour tirer la lame du rocher. Au bout de plusieurs minutes d'intenses efforts, il parvint à tirer la lame. Il donna donc un grand coup sur la pomme. Une fois, deux fois...Il ne réussit qu'à égratigner le métal. Il lui fallut encore une dizaine de coups pour qu'enfin il réussisse à la couper en deux. Il ramena le morceau désiré au dauphin qui lui dit :
« C
'est bien, tu as réussi. Accroche-toi bien à mes nageoires, je vais t'emmener au bout du monde. »
La
traversée fut reposante. L'eau n'opposait aucune résistance et ils filaient à une allure démente. C'était si rafraîchissant d'être enveloppé de liquide. Enfin, ils arrivèrent à destination. Le soleil prit notre pauvre lettre « I » dans ses bras (ce qui eut pour effet de le réchauffer immédiatement) et lui dit :
« Tu
as accompli un parcours dont je ne t'aurais pas cru capable. Cela prouve que ta requête n'était point un caprice et tu mérites pour cela une récompense. J'espère que mon présent va te plaire car à partir de maintenant, tu auras l'honneur et immense privilège de débuter les plus merveilleuses histoires de la Terre, celles qui font rêver et qui sont racontées aux plus jeunes le soir. »
L
a suite du discours du soleil fut gardée dans l'ombre, mais nous savons que depuis ce jour-là, tous les contes et toutes les légendes commencent par « Il était une fois... »



Texte grâce auquel j'ai gagné le 4ème prix du concours de littérature du collège^^ Merci



# Posté le mercredi 24 juin 2009 13:13

Modifié le lundi 29 juin 2009 11:01